Nombre de gens piégés

dimanche 10 juillet 2011

Delivrance (1972) de J. Boorman

Il était temps de mettre en avant en premier article de ce blog qui fête sa première année, un film d'un plus grand intérêt qu'Anthony Zimmer. Pardon le cinéma français.
Délivrance fait parti de ses films qui ont une aura bien mystérieuse, on en parle sans être trop explicite. Comme si l'âme etait toujours tourmentée par l'expérience de quatre hommes qui décident lors d'un week-end de descendre une rivière qui bientôt ne sera plus, du fait de l'activité humaine. L'occasion d'entendre un discours téinté d'anticapitalisme écologiste par Burt Reynolds. On entend un Hulot plein de téstostérone, magique.

Ces longues descentes en canoë sont des moments de contact avec un univers qui ne sera plus, si peu connu et désormais condamné à l'oubli.

Et c'est dans cet environnement qui appartient presque déjà au passé que les quatres compères se lancent.

De ce duel guitare/bandjo (civilisation/primitivité), de cette scène de viol sauvage, émerge une tension permanente.

Où sont-ils? Où vont-ils?

La fin du film évite le happy end, l'incompréhension et le traumatisme règne. Où étaient-ils? Est-ce bien réel? Cet univers sans réponse a désormais été englouti.

John Boorman signe un film d'une liberté assez surprenante pour l'époque et pour le cinéma américain.

samedi 21 mai 2011

Anthony Zimmer (2005) de J. Salle

Le film à suspens français existe, Anthony Zimmer en est la preuve. Reprennant les enchainements (la traque, la course poursuite, la paranoia: le déferlement des forces obscures en un mot) et le rythme des films américains, (on pense à la série des Jason Bourne commencée en 2002), on est entrainé dans une histoire où hasard et séduction se mèle. Pas un grand apport pour le genre, juste une tentative louable car la maitrise est incontestablement là, surtout au niveau des jeux d'acteurs et d'actrices.

Avec une petite réflexion sur identité et amour en toile de fond... Ouarf! de quoi ravir le segment féminin/lectrice de ELLE présent dans les salles obscures. Mercatiquement parfaitement maitrisé.




jeudi 21 avril 2011

True Grit (2010) de J. et E. Coen

Après leurs dernières facéties réussies, à savoir Burn After Reading et No Country For Old Men, on attendait le retour des frères Coen. Retour avec une promesse marketing intéressante, le renouveau du genre western... Ce genre connait une renaissance ces dernières années, comme si le cinéma n'avait pas fini d'exploiter la fine psychologie qui anime les vachers. Pourtant, la mentalité cow-boy est envahissante, il suffit de voir Taken de Pierre Morel pour s'en rendre compte.


Adaptation d'un roman, on s'interroge sur l'interet cinématographique à la sortie du film. Par exemple, la dernière scène avec le serpent sort de nulle part. Mais après tout pourquoi pas? L'envie de montrer la campagne américaine sous une autre lumière et un soupçon de réalisme est certes à louer. Mais bon l'emballement n'est pas là...


Reste un conflit entre le Téxan et Cockburn qui pimente un peu un tout fade.

La maitrise cinématographique est là, mais bon sang de mildiou, c'est fadasse.

lundi 18 avril 2011

Tamara Drewe (2010) de S. Frears

Tamara Drewe, c'est la comédie britannique moderne. Reprenant un peu l'univers et l'image de Joyeuses Funérailles, Frears régale le spectateur de ses petits méli-mélos d'histoires d'égo plutot urbaines transposées dans le cadre charmant d'une campagne anglaise étonnament ensoleillée... (Peut-etre encore une preuve d'humour du film?)


De la chirurgie esthétique, des romanciers à succès, des romanciers à échec, du rock; la campagne devient une sorte d'endroit déversoir où les personnages viennent purger toutes les facettes contraintes par la société.


Un scénario solide permet aux acteurs de s'épanouir.


Avec une fin avec un meurtre par piétinement du cheptel, grandiose. Pas de traces, ou au contraire, trop. A faire palir Agatha Christie.

mercredi 6 avril 2011

Les chemins de la liberté (2010) de P. Weir


Les chemins de la liberté est une aventure hors du commun tiré d'un livre controversé A marche forcée de Rawicz que je me suis empréssé de lire après le vissionnage du film. Sur le film en lui-meme on retiendra une certaine fidélité à l'oeuvre, pas en tout point, comme si Weir souhaitait se démarquer un peu de l'auteur soupçonné d'avoir volé l'histoire.

Finalement, on a un road-movie un peu particulier, mais les histoires sont au demeurant les memes et l'enjeu un peu plus disons politique.

L'aventurier ne retiendra que cette chevauchée inimaginable, suicidaire, l'exploit tant physique que moral. L'historien pas grand chose, sur cette histoire complétement à l'écart de la grande. Peu d'ouverture dans ce film, la communication avec les autochtones est très peu filmée et finalement on marche, et une sorte de suspens malsain s'impose 'Qui qui va mourir?'.

Les paysages sont superbes, l'image est très belle et merci d'avoir éviter la surcharge de pathos.

On admire ce qui était déjà là, merci au monsieur de la photo.

On songe à cette histoire folle, on aimerait la vivre, pour ce qu'elle implique de fort. Mais Weir est là pour rappeler les exigences de l'aventure.

mercredi 30 mars 2011

Anatomie de l'enfer (2004) de C. Breillat


"L’enfer c’est les autres", Catherine Breillat semble avoir fait femme cette affirmation sartrienne. Car l’enfer ici c’est bien la femme, ou plutôt son con, sa sexualité. Mais il n’est pas question d’érotisme ou de pornographie, mais d’anatomie, comme l’explicite si bien le titre : « anatomie de l’enfer ». Il s’agit de s’interroger en toute neutralité sur l’obscénité des femmes et la construction intemporelle de cette notion par le regard de l’homme. Regard marqué par une vision quasi satanique de la femme, comme si la radicale différence de ses organes génitaux (ou ce que l’on appelle généralement « le vide » ou le « triangle d’or ») présupposait un mal absolu, une obscurité infini. Chose que confirme la chasse aux sorcières, ou dans l’Ancien Testament, le mythe de Judith et Holopherne, ou même les sirènes homériques de l’Iliade. L’idée d’une femme prédatrice et manipulatrice qu’incarnerait à merveille la femme du Péché du célèbre tableau de Franz von Stuck, et que décrit si bien Michelet dans son livre La sorcière, ou même Barbey d’Aurevilly dans les Diaboliques. L’histoire commence alors dans une boîte gay, les hommes dansent sur de la techno entrainante et propice au rapprochement des corps. Dans cet amoncellement de bruit et de sueur, Breillat nous propose un tableau plutôt déroutant sur la non désirabilité de la femme. Car au milieu de tous ces hommes, Amira Cassar, pourtant belle, n’intéresse personne. Oubliée, presque transparente dans cet univers masculin, elle tente de se suicider en s’ouvrant les veines, mais un de ces hommes (Rocco Siffredi) la surprend dans les toilettes et l’arrête. Elle ne semble pourtant pas du tout bouleversée par ce qu’elle vient d’accomplir, calme et impassible elle lui propose alors un ultime marché : durant quatre nuits l’homme devra l’observer dans toute sa nudité, il jouera le rôle du voyeur au jugement le plus neutre possible, en échange il sera bien sûr payé (ultime caution de sa présence). C’est alors que commence une épopée discrète mais brutale, sur la femme, sa sexualité, et bien sur son anatomie. Les regards se croisent dans l’intimité de la chambre, sans jamais tomber dans l’érotisme facile, ni les émotions fortes. Au contraire, la pièce n’est habitée que par un silence quelque fois interrompu par des dialogues poétiques et déclamés à la manière du théâtre lyrique. Presque toutes les scènes se déroulent dans cet espace clôt mais emplit de sens, qu’est la chambre. Les quelques scènes en extérieur sont des bouffées d’air frais, des moments de fuite, d’évanouissement pour échapper à la noirceur de cet enfer féminin. La femme est révélée dans sa plus parfaite nudité, rien n’est laissé au hasard, rien n’est caché, mais pourtant le mystère féminin persiste. Catherine Breillat arrive à nous faire voir l’obscénité qui fait la femme tout en laissant peser un silence étouffant sur le plaisir féminin. Mais si les ingrédients de la réussite sont réunis, on ne peut s’empêcher de penser que tout cela sonne un peu faux. Le jeu des acteurs est paradoxalement surfait (paradoxalement car ils ne sont sensés justement ne jouer que très peu). Les dialogues collent difficilement à l’action. On a envie d’y croire, de suivre la réflexion, mais on perçoit un manque de bout en bout. Et cet effet est encore plus déroutant car on sent que l’on approche quelque chose de crucial, d’essentiel, mais sans jamais réussir à l’atteindre. La courte durée du film (1 heure) y est peut être pour quelque chose, laissant planer un vide inquiétant autour de cette étude de genre.

Max.

mercredi 23 mars 2011

Stranger than paradise (1984) de J. Jarmusch


Je dois l'avouer, j'aime l'atmosphère de Jarmusch, c'est le deuxième film que je commente de lui meme si j'ai eu le temps de passer sa filmographie dans les commentaires d'un billet précédent (voir article sur Broken Flowers). Je n'explique pas cet acharnement à découvrir inlassablement ses longs plans au grand Jim. Mais je suis attaché à son monde un peu poétique, un peu iconoclaste,... Stranger than paradise n'évoque pas à mon sens une idée du reve américain. (Peut-etre est-ce le reve de l'Américain?). Deux personnages peu expressifs, qui n'ont pas que le langage pour barrière, semblent etre s'attirés, ou ne plus s'attirer. On est dans une valse à deux temps et deux rythme ( avec Scream Jay Hawkins et I put a spell on you en fond) qui ne vont ni dans le sens de l'un ni dans le sens de l'autre.


D'une grande simplicité, cette oeuvre n'est pas celle la plus dépourvu d'interet dans la filmographie du 'doble J'.