Nombre de gens piégés

vendredi 15 juin 2012

Fascisme expérimental


Quand est-il de l'expérimentation du fascisme au cinéma? De la volonté des réalisateurs de nous faire passer de l'autre côté de la barrière trouble de nos possibilités humaines?

Deux films, deux réponses et deux méthodes.

'La Vague' (2008) de D. Gansel et 'Salo ou les 120 jours de Sodome' (1975) de Pier Paolo Pasolini sont tous les deux affublés du titre de films pédagogiques. De quoi redonner tout le sens au mot pédagogie que le TILF définit comme l'ensemble des méthodes dont l'objet est d'assurer l'adaptation réciproque d'un contenu de formation et des individus à former. Si le scénario de 'La Vague' est clairement orienté pour parvenir à des fins pédagogiques (adaptation contenu-spectateur) en proposant une grille de lecture au sein du film, comme un sas de protection, une superposition de couche de signification quelque part, pour comprendre, analyser et interpréter les évolutions du mouvement 'La Vague'. Le film de Pasolini désarme, anéantit tout espoir de réversibilité du cours de choses. Rien ne protège le spectateur devant cette procession macabre, sodomite, scatophile, scabreuse et tout ce que vous voulez, parce qu'il y a à peu près tout dans ce film... Un film brut qui use, qui s'imprègne et ne peut vous laisser indifférent. Le spectateur devient séquence après séquence alternativement bourreau et victime.


Si nous savons d'emblée que le fascisme expérimental est encadré dans La Vague, le huis clos de Salo permet une angoisse permanente, le sentiment de persécution chez le spectateur. Ultra-référencé et métaphorique, le film de Pasolini permet toutefois de suivre la gradation des atrocités commises et de l'ordre spontané qui se met en place conforme au traité reliant les 4 fondateurs aux plein-pouvoirs: Le Duc, le Président, Son Excellence et L’Évêque. La Vaccari profère une propagande digne de Goebbels, un crime partisan-raciste (intelligent d'avoir rapproché les deux), la sélection des individus, et j'en occulte beaucoup.

Bien évidemment le ressenti n'est pas le même. Dans 'La Vague', On regarde presque amusé les lycéens se prendre au jeu du fascisme par le professeur d'Histoire, puis vient la morale, la prise de conscience, qui est permanente pour le spectateur assistant à un engrenage bien huilé et attendu. Pour Salo, pas de contrôle de l'évolution de la procession, bien au contraire, c'est ce qui fait l'intensité du film, cette lente danse scabreuse vers les passions, la merde, la mort et le rien.

L'acmé se situe lors de cette scène finale, qui à mon sens fait tout le film, où la procession devient d'un esthétisme troublant. Cette vue par les jumelles en contre-plongée nous offre une place quasi-mystique comme si on se dégageait du film petit à petit, par dépit, rejet et dégoût d'une société qui se délite.  Pasolini nous offre cette place de démiurge pour partager ses convictions politiques et son désabusement concernant la nature humaine.

Il est intéressant de relier ces deux films car ils permettent de discerner où se trouve la pédagogie. Toute la question est: le contenu est il adapté? En se référant à la définition sur le TILF, adapter quelque chose à quelqu'un est 'mettre en accord, approprier à quelqu'un d'autre, considéré comme prépondérant ou du moins comme incontestablement réel, de manière à obtenir un ensemble cohérent ou harmonieux'. Le contenu est l'Homme et le destinataire est le spectateur en tant qu’Homme. Il n'est donc plus question d'adaptation (interconnexion naturelle entre contenu-destinataire) et donc de pédagogie dans ce film. Pasolini nous donne le fil d'une introspection salvatrice en tant qu'Homme.

C'est pour cela que Salo est considéré comme le film du XXème siècle pour bon nombre de réalisateurs.


vendredi 20 avril 2012

Donnie Brasco, le charme désuet des films de gangster qui passent

S'il fallait écrire un poème sur les films de gangster, ça serait une ritournelle.
Sorti en 1997, reprenant un peu tous les signes et codes du genre qui finit par s’essouffler avec les nombreuses variantes qui existent en la matière, Donnie Brasco est un film qu'il ne faut surtout pas voir en VF.

C'est d'un risible, cette voix d'Al Pacino. Il lacherait un bon gros 'coño!' ...

Alors c'est une histoire vraie, sans concession et qui se veut réaliste,
Trois conditions pour nous montrer un film qui ne possède aucune originalité.

Il reste le fameux jeu d'acteurs: mais méfiez-vous des critiques qui louent le jeu d'acteurs, c'est bien qu'il n'y a que cela à louer qu'ils le font.


vendredi 20 janvier 2012

Dr Mabuse, une image de ce temps



Revisitons notre temps avec Fritz Lang, le cinéaste 'cassandre' de l'Allemagne des années 20.




Découvrir Docteur Mabuse, le joueur, une image de notre temps de Fritz Lang (1922) recèle de pas mal de surprises. En particulier une scène qui fait écho, dans une certaine mesure, à la période économique et financière que nous vivons. Mais l'histoire, au final, ne se repète pas tant que cela.
Resituons cette scène du film : le Docteur Mabuse, grace à un réseau tentaculaire, parvient à voler des documents importants qui concernent l'avenir économique du consortium du Café-Cacao. Le but étant, in fine, de manipuler le cours de bourse de la matière première, le jour même à la Bourse, par effet d'annonce en deux temps : 1) les documents ont été volés (Docteur Mabuse attend pour acheter le cacao au prix le plus bas) 2) les documents ont finalement été retrouvés et livrés intactes au consortium (Docteur Mabuse revend).


1922 est l'année des premiers signes d'emballement du cours du mark qui marquera l'histoire allemande très profondément. Docteur Mabuse est une construction populaire et paranoiaque d'un personnage trouble qui explique une époque trouble. Ce personnage a donc un pouvoir explicatif. Un pouvoir explicatif qui donne tout le sens aux phénomènes économiques et financiers de ce temps. Paradoxalement, cet homme rassure tout en créant une animosité contre lui. Il est un argument populiste en soi.


La notion d'image présente dans le titre est tout à fait intéressante car il dédouane Fritz Lang de sa subjectivité, il travaille sur un matériau (le Docteur Mabuse et l'image qu'il renvoie) conforme aux attentes des spectateurs de ce temps. Et en s'y conformant, en toute lucidité, ce cinéaste de talent interroge. Il n'y a pas de message à chercher de sa part. Il ne fait que traiter de cette image.


On est dans un film résolument moderne, l'accélération du montage des scènes témoignent de cela pour le coté technique. Mais, la modernité du film se trouve dans la confirmation que la foi dans la politique ou dans la raison n'est jamais remis en cause. La maitrise politique des évolutions économiques, sociales et techniques est encore possible. Tout comme la capacité à les comprendre (foi dans la science/raison). Docteur Mabuse parvient bien à le faire ? Alors pourquoi pas les politiciens ?


Docteur Mabuse est l'homme en mouvement. Nietzsche appelle cela 'les agités'. Il est celui qui a réussi et qui est adulé. Il est pour Fritz Lang l'image populaire de la réussite sociale de son temps. Il est la clé de la compréhension de ce temps, de cet époque. La proximité avec Hitler, à ce titre, est frappante. 'Faute de quiètude, notre civilisation aboutit à une nouvelle barbarie' disait Nietzsche. La barbarie est une conséquence de la modernité.


Ce qui a changé par rapport à l'époque que nous vivons est l'esprit de notre temps. La postmodernité que H. Rosa définit comme la renonciation de la maitrise des évolutions économiques, sociales et techniques et la renonciation à la tentative de les comprendre (fin de la politque et de la raison). Plus de constructions populaires, plus d'images se forment autour de ce qui pourrait constituer la cause explicative des maux de notre société contemporaine du moins sur le plan financier ? Pas sur, on pourrait prendre l'image du 'trader' en exemple. 


Mais la fascination pour le mouvement qu'a imprimé la modernité s'est tue. Bien qu'on assiste au déferlement difficilement compréhensible des évènements économiques et financiers, les idées restent les mêmes. Et c'est celles-ci que le citoyen interroge, au lieu d'invoquer le mal de facto.




mercredi 28 septembre 2011

The harder they come (1972) de P. Henzell

Et dire qu'il s'agit quasiment de l'unique oeuvre du réalisateur Henzell...
Premier film qui nous éclaire sur la réalité sociale de l'ile de la Jamaique, en toute simplicité: la place de l'église, l'exode rural, la manière dont on occupe le temps que l'on sait déjà perdu... et surtout la place de la musique. Avec la classe de Jimmy Cliff, irrésistible frimeur.
Les plans sont osés (la séquence de communion à l'Eglise, où les origines musicales sont esquissées ou le trip absurde avec la bagnole), la musique est évidemment extraordinaire. Presque tout le message passe par ce biais, le reste et la réalité sociale n'est que sa déclinaison.
Sans perspective dans cette société limitée, il n'y a pas d'histoire de classe social, d'etat policier, de message politique: juste un souffle de vie, l'envie d'atteindre le bonheur précaire en sachant que ce que l'on a à perdre est bien peu.
De cette nonchalance et du grand sourire du personnage principal, on pourrait croire que le héro de The harder they come constituerait une sorte de Michel Poiccard jamaicain. Du Godard avec un peu (pour ne pas dire beaucoup) de marijuana (lieu commun affligeant pour un critique libre et libérée de la critique, mais désolé on aborde la question largement dans le film) et la décontraction des iles.
Film lointain mais qui a marqué par son extraordinaire maturité, sa musique entrainante et cette Jamaique (certes ancienne) de tous les jours dont on ne connait rien de rien. A part, la voiture tunnée de Usain Bolt, ouais gros!


jeudi 22 septembre 2011

Caché de M. Haneke (2005)

Intrigue et vidéos.
On entre dans la vie d'une famille très stéréotypée parigote aisée comme des malfrats. Le malaise est garanti d'entrée, on compatit avec les protagonistes déboussolés d'etre surveillés, dans l'incompréhension. C'est étrange, de vivre en tant que spectateur la culpabilité malgré nous. [Allez on va dire que Sartre n'est pas loin]. Mais, le voyeurisme s'assume devant ce jeu d'acteurs très abouti (on déculpabilise comme on peut). On entre par effraction et malencontreusement dans une histoire dont on va déceler peu à peu les ficelles.
Souvenirs d'enfance, destin pré-determiné sans message social pourtant affiché, du dominant/dominé:
on passe des cafés philobobo au cités HLM. Parce que le passé rappelle en des endroits inattendus: la fuite des repères pour le personnage principal incarné par Daniel Auteil est le corollaire de cette ambiance d'une tension rare. Car le spectateur, en présence du personnage dans la tourmente, affronte tout, et le jeu des acteurs rend les choses et les rencontres parfaitement froides bien qu'humaines.

Encore un film lointain dans ma mémoire, mais assurément il s'agit d'un coup de coeur.

mercredi 21 septembre 2011

Black Swan (2010) de D. Aronofsky

Max, si ça ce n'est pas de l'éthos pré-discursif en veux tu en voilà, moi j'arrete.

On sort de cette expérience, sonné, naviguant entre deux mondes. Théme usé de chez usé que cette lutte apparente entre bien et mal, mais le manichéisme se dissipe bien vite. Aronofsky est un réalisateur exigeant, parfait quand on se lance dans l'univers de la danse. Il avait déjà réussi à attirer mon attention  avec son Pi en version catalane! Rien que par la beauté de l'image noir et blanc et des acteurs complétement imprégnés dans leur role. En fait Black Swan c'est presque du noir et blanc, les scènes s'enchainent avec la lumière blafarde des néons du métro, les couloirs sombres et les matinées grises.

Le film est en réalité loin tellement le blog a pris du retard. Je n'ai jamais souhaité faire la critique de ce film pour une raison que j'ignore peut-etre. Je ne retiendrais qu'une chose, la façon dont il m'a retourné l'esprit! C'est du cinéma exigeant, controlé, minucieux, mais qui, malgré tout, laisse peu de manoeuvre au spectateur. Implacables sont les scènes. Difficile de pérorer devant une telle vigueur Monsieur Aronofsky.

lundi 25 juillet 2011

Limitless (2011) de N. Burger


Limitless, ou comment repousser les limites de l’humain. Eddy Morra, jeune écrivain en quête d’inspiration retrouve des années après son beau-frère, un dealer bien connu. Au détour d’une conversation, celui-ci lui propose une toute nouvelle drogue, inconnue sur le marché et très peu testée. Eddy accepte et avale la pilule. Sa vie en sera alors bouleversée. La pilule a pour caractéristique de décupler les capacités du cerveau, ou plutôt de rendre le cerveau opérationnel à 80% de ses capacités, alors qu’on en utilise pas plus de 20% dans la vie quotidienne.

Si la réalisation du film reste sans originalité, le thème quant à lui, a au moins le mérite de nous interroger sur les limites de l’humain. Sur notre capacité à devenir des surhommes grâce aux compétences des biotechnologies. Ce doux rêve semble de plus en plus se transformer en réalité. De film de science fiction on passe à un film d’anticipation. Car de nombreux chercheurs, philosophes, scientifiques imaginent qu’il sera un jour possible de repousser les limites de notre cerveau, notre mémoire et même la durée de notre vie. Sous cette tendance se cache un mouvement plus général que l’on appelle couramment le post ou trans humanisme. C'est-à-dire ce qui fera l’homme de demain. « L’après humain » tel que nous le connaissons. De nombreux films s’interrogent sur ce thème à leur façon : Transformers, Captain America et bien d’autres encore se demandent si l’homme restera un homme, ou s’il évoluera dans un sens physiologique, anatomique, physique et même robotique. Limitless s’interroge sur son évolution dans le sens anatomique. Que ferions-nous si nous pouvions utiliser notre cerveau à plus de 80% de ses capacités ? Grand business man, président, écrivain à succès, telles sont les réponses apportées par le film. Un peu simpliste comme réflexion. Tout le monde rêve-t-il d’être président ? À part Charles le jeune ambitieux du film Neuilly-sa-mère, très peu de personnes espèrent occuper cette fonction. Comme dans beaucoup de films d’anticipations, l’idée est intéressante, presque belle, mais la réalisation fait retomber tout l’intérêt du film. Prenez Equilibrium par exemple, une idée forte desservie par une très faible réalisation (comment peut-on en effet rendre crédible des ennemis incarnés par des hommes dont on ne voit jamais le visage et portant des casques de motos noirs quelque soit l’heure de la journée, et des grands manteaux en cuirs eux aussi noirs avec une kalachnikov?) Un peu de sérieux. Limitless tombe littéralement dans le piège. Il attire par l’originalité du scénario et rebute par une réalisation médiocre. En somme il restera gravé dans les mémoires pour son anticipation pertinente et oublier pour son faible intérêt cinématographique.

dimanche 10 juillet 2011

Delivrance (1972) de J. Boorman

Il était temps de mettre en avant en premier article de ce blog qui fête sa première année, un film d'un plus grand intérêt qu'Anthony Zimmer. Pardon le cinéma français.
Délivrance fait parti de ses films qui ont une aura bien mystérieuse, on en parle sans être trop explicite. Comme si l'âme etait toujours tourmentée par l'expérience de quatre hommes qui décident lors d'un week-end de descendre une rivière qui bientôt ne sera plus, du fait de l'activité humaine. L'occasion d'entendre un discours téinté d'anticapitalisme écologiste par Burt Reynolds. On entend un Hulot plein de téstostérone, magique.

Ces longues descentes en canoë sont des moments de contact avec un univers qui ne sera plus, si peu connu et désormais condamné à l'oubli.

Et c'est dans cet environnement qui appartient presque déjà au passé que les quatres compères se lancent.

De ce duel guitare/bandjo (civilisation/primitivité), de cette scène de viol sauvage, émerge une tension permanente.

Où sont-ils? Où vont-ils?

La fin du film évite le happy end, l'incompréhension et le traumatisme règne. Où étaient-ils? Est-ce bien réel? Cet univers sans réponse a désormais été englouti.

John Boorman signe un film d'une liberté assez surprenante pour l'époque et pour le cinéma américain.

samedi 21 mai 2011

Anthony Zimmer (2005) de J. Salle

Le film à suspens français existe, Anthony Zimmer en est la preuve. Reprennant les enchainements (la traque, la course poursuite, la paranoia: le déferlement des forces obscures en un mot) et le rythme des films américains, (on pense à la série des Jason Bourne commencée en 2002), on est entrainé dans une histoire où hasard et séduction se mèle. Pas un grand apport pour le genre, juste une tentative louable car la maitrise est incontestablement là, surtout au niveau des jeux d'acteurs et d'actrices.

Avec une petite réflexion sur identité et amour en toile de fond... Ouarf! de quoi ravir le segment féminin/lectrice de ELLE présent dans les salles obscures. Mercatiquement parfaitement maitrisé.




jeudi 21 avril 2011

True Grit (2010) de J. et E. Coen

Après leurs dernières facéties réussies, à savoir Burn After Reading et No Country For Old Men, on attendait le retour des frères Coen. Retour avec une promesse marketing intéressante, le renouveau du genre western... Ce genre connait une renaissance ces dernières années, comme si le cinéma n'avait pas fini d'exploiter la fine psychologie qui anime les vachers. Pourtant, la mentalité cow-boy est envahissante, il suffit de voir Taken de Pierre Morel pour s'en rendre compte.


Adaptation d'un roman, on s'interroge sur l'interet cinématographique à la sortie du film. Par exemple, la dernière scène avec le serpent sort de nulle part. Mais après tout pourquoi pas? L'envie de montrer la campagne américaine sous une autre lumière et un soupçon de réalisme est certes à louer. Mais bon l'emballement n'est pas là...


Reste un conflit entre le Téxan et Cockburn qui pimente un peu un tout fade.

La maitrise cinématographique est là, mais bon sang de mildiou, c'est fadasse.

lundi 18 avril 2011

Tamara Drewe (2010) de S. Frears

Tamara Drewe, c'est la comédie britannique moderne. Reprenant un peu l'univers et l'image de Joyeuses Funérailles, Frears régale le spectateur de ses petits méli-mélos d'histoires d'égo plutot urbaines transposées dans le cadre charmant d'une campagne anglaise étonnament ensoleillée... (Peut-etre encore une preuve d'humour du film?)


De la chirurgie esthétique, des romanciers à succès, des romanciers à échec, du rock; la campagne devient une sorte d'endroit déversoir où les personnages viennent purger toutes les facettes contraintes par la société.


Un scénario solide permet aux acteurs de s'épanouir.


Avec une fin avec un meurtre par piétinement du cheptel, grandiose. Pas de traces, ou au contraire, trop. A faire palir Agatha Christie.

mercredi 6 avril 2011

Les chemins de la liberté (2010) de P. Weir


Les chemins de la liberté est une aventure hors du commun tiré d'un livre controversé A marche forcée de Rawicz que je me suis empréssé de lire après le vissionnage du film. Sur le film en lui-meme on retiendra une certaine fidélité à l'oeuvre, pas en tout point, comme si Weir souhaitait se démarquer un peu de l'auteur soupçonné d'avoir volé l'histoire.

Finalement, on a un road-movie un peu particulier, mais les histoires sont au demeurant les memes et l'enjeu un peu plus disons politique.

L'aventurier ne retiendra que cette chevauchée inimaginable, suicidaire, l'exploit tant physique que moral. L'historien pas grand chose, sur cette histoire complétement à l'écart de la grande. Peu d'ouverture dans ce film, la communication avec les autochtones est très peu filmée et finalement on marche, et une sorte de suspens malsain s'impose 'Qui qui va mourir?'.

Les paysages sont superbes, l'image est très belle et merci d'avoir éviter la surcharge de pathos.

On admire ce qui était déjà là, merci au monsieur de la photo.

On songe à cette histoire folle, on aimerait la vivre, pour ce qu'elle implique de fort. Mais Weir est là pour rappeler les exigences de l'aventure.

mercredi 30 mars 2011

Anatomie de l'enfer (2004) de C. Breillat


"L’enfer c’est les autres", Catherine Breillat semble avoir fait femme cette affirmation sartrienne. Car l’enfer ici c’est bien la femme, ou plutôt son con, sa sexualité. Mais il n’est pas question d’érotisme ou de pornographie, mais d’anatomie, comme l’explicite si bien le titre : « anatomie de l’enfer ». Il s’agit de s’interroger en toute neutralité sur l’obscénité des femmes et la construction intemporelle de cette notion par le regard de l’homme. Regard marqué par une vision quasi satanique de la femme, comme si la radicale différence de ses organes génitaux (ou ce que l’on appelle généralement « le vide » ou le « triangle d’or ») présupposait un mal absolu, une obscurité infini. Chose que confirme la chasse aux sorcières, ou dans l’Ancien Testament, le mythe de Judith et Holopherne, ou même les sirènes homériques de l’Iliade. L’idée d’une femme prédatrice et manipulatrice qu’incarnerait à merveille la femme du Péché du célèbre tableau de Franz von Stuck, et que décrit si bien Michelet dans son livre La sorcière, ou même Barbey d’Aurevilly dans les Diaboliques. L’histoire commence alors dans une boîte gay, les hommes dansent sur de la techno entrainante et propice au rapprochement des corps. Dans cet amoncellement de bruit et de sueur, Breillat nous propose un tableau plutôt déroutant sur la non désirabilité de la femme. Car au milieu de tous ces hommes, Amira Cassar, pourtant belle, n’intéresse personne. Oubliée, presque transparente dans cet univers masculin, elle tente de se suicider en s’ouvrant les veines, mais un de ces hommes (Rocco Siffredi) la surprend dans les toilettes et l’arrête. Elle ne semble pourtant pas du tout bouleversée par ce qu’elle vient d’accomplir, calme et impassible elle lui propose alors un ultime marché : durant quatre nuits l’homme devra l’observer dans toute sa nudité, il jouera le rôle du voyeur au jugement le plus neutre possible, en échange il sera bien sûr payé (ultime caution de sa présence). C’est alors que commence une épopée discrète mais brutale, sur la femme, sa sexualité, et bien sur son anatomie. Les regards se croisent dans l’intimité de la chambre, sans jamais tomber dans l’érotisme facile, ni les émotions fortes. Au contraire, la pièce n’est habitée que par un silence quelque fois interrompu par des dialogues poétiques et déclamés à la manière du théâtre lyrique. Presque toutes les scènes se déroulent dans cet espace clôt mais emplit de sens, qu’est la chambre. Les quelques scènes en extérieur sont des bouffées d’air frais, des moments de fuite, d’évanouissement pour échapper à la noirceur de cet enfer féminin. La femme est révélée dans sa plus parfaite nudité, rien n’est laissé au hasard, rien n’est caché, mais pourtant le mystère féminin persiste. Catherine Breillat arrive à nous faire voir l’obscénité qui fait la femme tout en laissant peser un silence étouffant sur le plaisir féminin. Mais si les ingrédients de la réussite sont réunis, on ne peut s’empêcher de penser que tout cela sonne un peu faux. Le jeu des acteurs est paradoxalement surfait (paradoxalement car ils ne sont sensés justement ne jouer que très peu). Les dialogues collent difficilement à l’action. On a envie d’y croire, de suivre la réflexion, mais on perçoit un manque de bout en bout. Et cet effet est encore plus déroutant car on sent que l’on approche quelque chose de crucial, d’essentiel, mais sans jamais réussir à l’atteindre. La courte durée du film (1 heure) y est peut être pour quelque chose, laissant planer un vide inquiétant autour de cette étude de genre.

Max.

mercredi 23 mars 2011

Stranger than paradise (1984) de J. Jarmusch


Je dois l'avouer, j'aime l'atmosphère de Jarmusch, c'est le deuxième film que je commente de lui meme si j'ai eu le temps de passer sa filmographie dans les commentaires d'un billet précédent (voir article sur Broken Flowers). Je n'explique pas cet acharnement à découvrir inlassablement ses longs plans au grand Jim. Mais je suis attaché à son monde un peu poétique, un peu iconoclaste,... Stranger than paradise n'évoque pas à mon sens une idée du reve américain. (Peut-etre est-ce le reve de l'Américain?). Deux personnages peu expressifs, qui n'ont pas que le langage pour barrière, semblent etre s'attirés, ou ne plus s'attirer. On est dans une valse à deux temps et deux rythme ( avec Scream Jay Hawkins et I put a spell on you en fond) qui ne vont ni dans le sens de l'un ni dans le sens de l'autre.


D'une grande simplicité, cette oeuvre n'est pas celle la plus dépourvu d'interet dans la filmographie du 'doble J'.

jeudi 3 mars 2011

La Grande Bouffe (1973) de M. Ferreri


Intrigué par ce monument du 7éme art, je me suis lancé dans l'achat du DVD de La Grande Bouffe de Marco Ferreri, avide de connaitre le sens de la comédie. Ardu, franchement ardu. En regardant de plus près les bonus du DVD, on comprend comment cette oeuvre est faite, à l'image de son réalisateur, totalement hors norme, boulimique, provocateur, improvisateur... Entre comédie et tragédie, on est complétement perdu. Les acteurs sont dans un trip glauque improvisé. Du jamais vu, et finalement on pense aux gachis, de nourriture et du jeu d'acteur au meilleur de leur possibilité. Non? Est-ce délibéré? Le caractère naturel que prend l'odyssée de cette cohorte d'hommes d'age mur déstabilise. Comme si les manques ou le non-sens se compensaient par une surdose de bouffe. Un hommage peut etre à cette maladie, au demeurant incompréhensible vu de l'extérieur, que constitue la boulimie??


Bref, ça déroute, le concept: film vomitif.


La comédie italienne ne joue pas franchement sur la subtilité comme si les échos de la comedia dell'arte résonnent, toujours... (à venir Affreux, sales et méchants d'E. Scola).

mardi 18 janvier 2011

Pas vu, pas pris et Enfin pris? de P. Carles (1998) et (2002)




Les dessous de la télévision et ses limites, voilà un beau programme pour désenchanter, s'il le faut encore, le superbe monde de la télévision. Monde détenu par quelques oligarches parfois très proche du pouvoir. A vrai dire, ces documentaires ne font que confirmer les soupçons que tout un chacun pourrait avoir sur cette sphère trés privée.


Avec les memes méthodes d'investigation que les journalistes, Pierre Carles essaye de mettre successivement les pontes de la télévision face à leurs contradictions ( il se fera par ailleurs accusé dans ce documentaire d'intenter 'des procès staliniens' à tout le monde). En l'espèce, il ne fait pas dans la dentelle le Pierre Carles, et ses méthodes finissent meme par jouer en sa défaveur. La fameuse scène de psychanalyse avec le sosie de Freud (un moment d'une rare intensité) en est l'exemple.


Lié en amitié avec le sociologue Bourdieu, Pierre Carles et ses documentaires montrent la difficulté de mener à bien un discours à la télévision, face aux repliques teintées de condescendence, de domination que la pensée dominante, toujours prete à s'installer devant les projo, utilise à longueur d'émission...


A vrai dire on prend un malin plaisir à voir Villeneuve fulminer, Karl Zéro mis en échec, Schneidermann limité etc...




Depuis 10 ans, la télévision se dégrade car son modèle économique est fortement menacé par les évolutions numériques, le contenu s'ébranle devant la distribution (publicitaire). Le direct est la dernière alternative (sport, grande évènement, prime time,...). Le modèle vacille fortement tout de meme. Comment cela se traduit-il au jour le jour dans le monde télévisuel?

dimanche 9 janvier 2011

Sans armes, ni haines, ni violences (2007) de J.P. Rouve


Un film expérimental qui laisse pensif. Spaggiari le casseur se dévoile cahin caha à travers ce film. Manipulateur, cerveau d'un casse, égocentrique, ce n'est pas un éloge, ce n'est pas un procès, c'est une autre vision qui se présente au spectateur. Un huis clos dans un endroit de reve, le tombeau luxueux de Spaggiari n'a rien de scintillant. Et finalement la rencontre avec ce prétendu journaliste que nous propose le film illumine le personnage et réveille en lui son coté narcissique.

Derrière la devanture dorée se cache un homme riche mais condamné à errer et à payer pour errer, un isolement total,... Qu'il essaye de dépasser dans l'illusion.

Ce film n'est pas un chef d'oeuvre mais mérite une sérieuse attention. Loin d'etre une comédie, il pourrait plus s'agir d'une tragédie en arrière-plan...

Petit plus à la reconstitution de cette banque d'hier, qui n'a plus tout à fait grand chose à voir avec nos modernes...

L'arnacoeur (2010) de P. Chaumeil


L'arnacoeur, c'est une comédie française réussie, où le comique de situation est de rigueur, emmené par des acteurs plus que rompus à l'exercice (F. Damiens notamment grace à ses nombreuses caméras cachés loufoques). Luxe et recherche de l'amour se combinent pour un esthétisme combiné à un peu de dérision. (C'est une belle phrase).

Il n'y a pas plus à chercher, le scénario est quelque peu innovant, mais on ne se régale pas car la comédie française me semble t'il, ne présente pas un panel de role trés contrasté, Or c'est ici que le succès d'une comédie se fonde.

On ne retourne pas voir éternellement Polichinelle produire ses pitreries.

Mais j'insiste ici c'est réussi, mais pas de quoi pérorer...

Peut-etre qu'il vaut en fin de compte...

lundi 27 décembre 2010

Harry Potter et les reliques de la mort: 1ére partie ,(2010), de D. Yates


Bon, on s'embarque vers une méditation cinématographique profonde, Harry Potter, le septième- c'est pas rien- est assurèment réussi, comparé aux opus antérieurs. Le réalisateur en divisant le film en deux, multiplie les recettes par deux mais augmente la qualité du film (par deux?) en étant plus fidèle aux écrits de J.K. Rowling et son talent de conteuse indéniable... Et c'est d'ailleurs ici tout l'interet des reliques de la mort.



On aime voir cette amitié déchirée, c'est beau, c'est mignon, c'est platonique,... Bref c'est un petit peu ennuyant, on tourne autour du pot... Sans message fétichiste... Mmh... Enfin bref,


Harry vend du bon gros reve en cette période de Noel, et nos cerveaux fatigués de se pencher sur les ouvrages psychosociologiques (au moins) se reposent,...

Taken (2008) de P. Morel


Voilà un film d'action qui plaira aux amateurs du genre. De la testostérone, de l'américanisme violent frenchisé, ça dépote, ça déménage,... Meme si c'est jusqu'au boutiste, voir ridicule. On apprécie le déluge de balles, de voitures et de phrases de males pas contents. Les stéreotypes sont là: on a le droit à tout les gens de l'Est au méthodes les plus trashos, avec l'accent rocailleux et sinistre,... Douce recette.

Dur de commenter un film d'action. Exercice peu fréquent pour ma part en réalité, donc je dirais que c'est réussi mais on peut passer à coté, sans risques...